Le texte invisible

Au fur et à mesure des répétitions, j'invente une méthode: celle du "texte invisible".
Cette méthode est imparable pour traquer les mauvais chemins, les routes déviantes. Elle devient de plus en plus incontournable pour le travail des scènes.

Il s'agit de parler les blancs de l'écriture, avec son propre langage, ses propres mots.
C'est terriblement ambitieux et follement inatteignable car des blancs (de l'invisible, de l'inconscient du secret jamais mis en mots) il y en aura toujours...

Parler à haute voix donc pour articuler les phrases du texte, les mouvements du texte. Ainsi l'on s'assure de ne jamais "trafiquer", que les mots que nous a laissé l'auteur partent toujours d'un endroit juste, soient toujours fondés. Et non pas balancés parce que le texte nous ordonne de le faire.

Il n'y a jamais de commencement, d'origine première dans la vie. Ca a toujours commencé.
La vie, ce long fleuve interrompu qui bat, souterrain et parfois jaillissant.
Lorsque ça jaillit, c'est du visible. Discontinu. Gestes. Mots.
Ce n'est que la partie visible de l'iceberg.

Rétablir le fleuve souterrain.

Ainsi l'acteur mêlera ses propres mots au texte de l'auteur. Tâtonnera jusqu'à ce qu'il trouve enfin les ponts justes entre les répliques écrites. Ponts qui lui permettront de faire naître les mots du texte.
Les inventer.

Tout cela suppose, pour le comédien, d'allier une imagination puissante, fortement nourrie à une rigueur sans faille: il s'agira toujours de "retomber" sur les mots écrits. 

Non pas improviser autour du texte mais improviser avec lui.