Courir nu


"Courir nu" disait Vitez: viser à chaque fois une renaissance, une innocence radicale, éblouissante.
Et à chaque fois donc, ce pied de nez - nique à la vérité officielle de soi, ce mensonge que l'on croit vital. 

L'art est ce qui oeuvre en dehors de tout pouvoir, de toute loi. N'admettant aucune espèce de limite, ni aucun jugement, il est cet endroit de liberté infinie qui est le but secret de tout homme. 

Lâcher: abandonner tout ce qui nous limite et nous fait peur, toutes les sortes d'empêchements intériorisés depuis la sortie de la vraie enfance, paroles et gestes qui nous rétrécissent, qui ont travaillé à ce que la vie se vide de la vie, qu'elle ne devienne qu'une peau-costume. Vêtement toujours trop étriqué, mais si douillet...
Abandonner le moi-doudou, "le faux ami", celui qui nous plaint et nous protège si mal en nous aveuglant sur nous-même. Fiction dérisoire et hypocrite, ennemi du vrai courage.

Lâcher. Faire le deuil de cette fausse enfance, fabriquée par d'autres.

Le théâtre n'a de pire ennemi que lui-même: cette mise en scène de soi, du "je sais qui je suis, je le maitrise et je vous le fait goûter ". Séduction creuse. Aucune place pour l'énigme, ce qui doit naître. 

La vraie enfance s'invente au présent, les bras ouverts au monde, toujours dans l'étonnement.