Combat avec l'ange


Je me surprends à être de plus en plus exigeante, au fur et à mesure que ma foi grandit.
Car oui, ma foi - je n’ai plus peur de ce mot - devient de plus en plus aiguë et explose parfois comme la lame d’un couteau.
Si ça ne brûle pas, je ne vois pas l’intérêt. 
Je ne sais si c’est à cause du monde à feu et à sang ou à cause du temps qui me reste à vivre, qui raccourcit de jour en jour. Mais oui, je me surprends à être de plus en plus impatiente - mais de cette impatience même qui autorise cette patience de celle qui aide à naître.

Dans l’espace de l’atelier, nous défaisons le chaos du monde et ses paroles fumeuses.
Je me souviens qu’à mes débuts, je cherchais l’émotion, le tremblement de l’être. A présent, je sors mon couteau. Envie furieuse de vie et de précision.
Nommer les choses, les faire apparaitre, donner aux mots un contour, un volume, une couleur: tout à coup, l’essentiel.
Le souffle et la parole. 
L’émotion arrivera, nécessairement.

Sensation d’être sculpteurs.
Nous nous battons, à l’aide de l’auteur, avec la matière du texte, avec le monde jusqu’à lui faire cracher son sens. 
Et c’est ce combat même qui nous le rend aimable.

Combat avec l’Ange.